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Quand les émotions dictent nos décisions…

Temps de lecture : 4 minutes

Nous aimons croire que nous prenons nos décisions en toute objectivité, comme des juges impartiaux. Nous dressons des listes de pour et de contre, nous analysons, nous pesons les arguments. Pourtant, cette illusion de la rationalité est l’un des plus grands pièges de notre cerveau.

La vérité est plus nuancée : nos émotions ne sont pas un simple accessoire. Elles sont la force motrice qui orchestre la plupart de nos choix, souvent sans que nous nous en rendions compte.

Qu’il s’agisse d’un achat impulsif, d’une discussion houleuse ou d’une stratégie d’entreprise majeure, l’anxiété, la peur de manquer (FOMO) ou un moment d’euphorie peuvent détourner notre jugement en quelques secondes. L’émotion est un filtre qui colore notre perception du réel et modifie l’issue de notre réflexion.

Là où le cerveau excelle : choisir d’abord, se justifier ensuite

Les recherches en psychologie comportementale le montrent : notre cerveau est souvent plus rapide à agir qu’à penser. Le schéma est le suivant :

  1. Réponse Émotionnelle Rapide : Face à un stimulus (une offre, une critique, un danger), la partie émotionnelle de notre cerveau (le système limbique) s’active en premier.
  2. L’Action est Lancée : Une décision est prise sous l’impulsion de cette émotion.
  3. La Rationalisation Rétrospective : C’est après l’action que notre cerveau conscient (le cortex préfrontal) se met au travail. Son rôle n’est pas de décider, mais de fabriquer une explication logique qui rende la décision déjà prise parfaitement cohérente et acceptable.

En clair : Nous agissons par l’émotion, puis nous inventons une justification logique pour nous donner l’impression d’avoir été rationnels. Voici quelques exemples du quotidien

  • Le Produit en Solde : Vous achetez immédiatement un article parce qu’une étiquette « Plus que 3 en stock » a déclenché la peur de manquer. Après l’achat, vous justifiez : « C’était une occasion en or ! ». L’émotion a été la cause, la « bonne affaire » la justification.
  • Le Conflit : Un collègue fait une remarque ambiguë. Votre colère s’active, et vous l’interprétez immédiatement comme une attaque personnelle. Votre décision (répondre sèchement) est émotionnelle, même si vous la justifiez ensuite par une « nécessité de se défendre ».

Les émotions, des filtres déformants

Chaque émotion dominante agit comme une paire de lunettes qui déforme notre lecture du risque et des opportunités.

Émotion DominanteSon Effet sur la DécisionRisque Typique
Anxiété / PeurGrossit la perception des dangers.Inertie : on bloque les initiatives, on ne change rien.
Colère / HostilitéInterprète les faits de manière agressive.Escalade : on prend des décisions punitives ou précipitées.
Euphorie / Excès de ConfianceFait ignorer les avertissements.Négligence : on prend des risques excessifs, on investit sans vérifier.

Ces dynamiques sont d’autant plus visibles dans le monde de l’entreprise ou en groupe : une peur collective peut paralyser l’innovation, tandis qu’un sentiment de culpabilité peut mener une équipe à l’épuisement.

Maîtriser l’émotion, sans la supprimer

Faut-il essayer de devenir un robot dénué de sentiments ? Absolument pas. L’émotion n’est pas l’ennemi. Elle nous fournit des informations précieuses (sur nos valeurs, nos peurs, nos besoins).

Le danger survient quand l’émotion nous guide sans que nous en ayons conscience. La véritable intelligence de la décision consiste à reconnaître l’affect, et non pas à le laisser prendre le volant.

La méthode AQLIA: trois réflexes à adopter pour un choix éclairé

  1. Nommer l’émotion : Avant de décider, demandez-vous : « Quelle émotion est en train de s’exprimer en moi ? » Mettre un mot sur ce que l’on ressent (anxiété, impatience, enthousiasme) permet de créer une distance entre le sentiment et l’action.
  2. Temporiser : Évitez les décisions majeures lorsque vous êtes sous tension (colère, euphorie, stress). Attendre ne serait-ce que 20 minutes permet au cerveau rationnel de se réactiver.
  3. Tester l’Inversion : Demandez-vous : « Si je ressentais l’émotion inverse (par exemple, la sérénité au lieu de l’anxiété), est-ce que mes arguments en faveur de ce choix seraient les mêmes ? » Cela isole les faits bruts du filtre affectif.

Conclusion : redevenez le vrai moteur de vos choix

Nos émotions sont des forces puissantes qui orientent nos vies pour le meilleur et pour le pire. Vouloir les ignorer, c’est leur garantir le contrôle total. Les reconnaître, les observer et les comprendre, c’est se donner la possibilité de retrouver son libre arbitre.

En définitive : Penser juste, ce n’est pas se couper de son cœur, c’est s’assurer que le cœur donne l’information, mais que la raison garde la direction.